lundi 30 août 2010

El "remedio"...



Immersion dans la tradition du yahé (ou ayahuasca en langue quechua) le temps d'une soirée "hors du temps".

A quelques kms de Bogotá, perchée sur les hauteurs, soirée dans une finca en compagnie d'amis aussi bien français qu'allemands ou colombiens, guidés par des indigènes (venant d'Amazonie, mais la majorité vivant dans la capitale).

Le but de ce petit voyage était d'assister à une cérémonie indigène, celle du yahé (boisson à base de deux plantes, dont une provenant d'une liane, et reconnue pour ses vertus "curatives"). Ce "remedio" (comme l'appelle les indigènes) est fabriquée dans la selva (forêt) d'Amazonie et les cérémonies se font souvent là-bas, mais la boisson peut très bien être transportée dans la montagne; les effets sont alors considérés moindres, du fait sûrement de l'altitude...

Toute une symbolique: des colliers en perle colorées, aux dents de tigre (pour réveiller la puissance de l'animal), en passant par les branches de plantes (non identifiées!) que le chaman agite sur chacun et qui versent un mélange de plantes multiples macérées dans de l'alcool. Ainsi que le feu de cheminée (dont les cendres sont récupérées pour faire brûler des feuilles de menthe (je crois... pareil, plante non identifiée!) et "purifier" chacun de nous.

La prise du remedio est censée purger l'organisme de toutes les idées mauvaises accumulées, mais aussi découvrir des éléments de sa personnalité, par des visions notamment (possibilité de parler aux arbres! ou à des personnes connues ou non) Les effets du yahé peuvent aussi se sentir par des rêves faits après la purge. L'importance du rapprochement avec la nature est ce qui fonde leur religion. Tout est rapporté à la terre, au ciel et au cosmos.

Difficile de résumer tout une conception du monde en quelques lignes... mais après différentes discussions avec l'ami colombien (coloc de JP) qui nous a invité à cette cérémonie et avec les indigènes, on a réussi peu à peu à cerner leur démarche.
Cependant, ce qui en ressort c'est vraiment la confrontation à une autre culture, comme un "choc culturel"... On a beau se dire ouvert à de nouvelles expériences, à d'autres visions du monde, le côté "rationnel" et "laïcisé" qu'on a en France est forcément présent. Dès qu'il s'agit d'oration (en l'occurrence, appel aux éléments naturels, à la terre, et non à un Dieu comme on l'entend en France), on se rétracte vite. Tout ce qui sort du rationnel fait peur et manque de concret pour qu'on puisse cerner leur réflexion. Leur discours peut paraître, avec notre vision des choses, relever de la "magie", du surnaturel...

Finalement, sans tomber dans le cliché, l'expérience a été enrichissante, même si le scepticisme face à ce type de pratique est encore là. L'intérêt a bien plus été d'essayer de comprendre les traditions indigènes d'Amazonie colombienne (l'utilisation du yahé se fait aussi au Pérou pour les intéressés), que de vouloir chercher absolument à s'intégrer dans une culture totalement à l'opposé de la nôtre. Forcément au début, l'envie est là: on observe, on s'implique dans la cérémonie, pourquoi pas s'impliquer plus à fond dans ces traditions, quitte à revenir pour continuer ce "proceso", ce "camino" comme ils l'appellent.
Mais ce rituel est vraiment ancré dans toute une idéologie et une conception du monde. Vouloir se l'approprier serait finalement comme un manque de respect pour eux et leur culture...
(Non non, je ne termine pas sur une note pessimiste!) Même si l'utilisation du yahé devient de plus en plus touristique (beaucoup d'Occidentaux se rendent exprès en Amérique du Sud pour assister à cette cérémonie, précédée d'une diète stricte:
pas de sexe, pas de viande, voir pour certains limitation du sel et sucre; tout cela pour sortir de l'abondance de la chair et se rapprocher de la nature), la découverte de ce "breuvage" vient d'un indien (selon les paroles des indigènes rencontrés) et sa pratique reste ancrée dans la culture des Amazoniens.

Cependant, la plante conserve encore de nombreux mystères, vis-à-vis de son origine ou de ses effets chez chacun... Toute question se résout par "huuum, pero son los misterios de la planta...!"






1 commentaire:

  1. waaw ! tu as un an pour te débarrasser de l'esprit cartésien européen et pouvoir enfin parler aux arbres... !
    promis je tente de mon coté le job des voladores (tu sais les mecs qui tournent autour d'un piquet attachés par les pieds la tête en bas...^^)
    bisous valoue

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